dimanche 3 mai 2009

« Et le gâteau ? Vous en voulez Margot ? »

« Et le gâteau ? Vous en voulez Margot ?
-Allez ! Laissez-vous faire ! Une petite part ! »

Une jeune femme de vingt-sept ou vingt-huit ans de style très « banlieue Ouest parisienne » au sourire forcé habillée avec un jean bien repassé et une chemise rose me tendait une part d’un gâteau crémeux. Je ne me souviens pas de cette scène avec une immense précision. J’étais dans un état second et je ressentais comme un flottement. Je me souviens seulement de l’avoir regardée incrédule et d’avoir vaguement regardé la part de gâteau comme si cette main tendue brandissant la petite assiette en papier aux motifs bleus et blancs ne s’adressait pas a moi. Il y avait dans ce moment quelque chose d’extra-terrestre, et j’avais le sentiment de ne pas faire complètement partie de cette réalité. J’ai dû fixer cette jeune femme comme cela sans tendre le bras en retour pendant trois bonnes minutes sans avoir conscience de la gêne croissante à laquelle cette situation donnait naissance.
Je n’avais pas dormi de la nuit. La veille, moins de vingt quatre heures plus tôt, j’étais ici dans cette même pièce, chez Roxanne, en train terminer les ultimes préparatifs pour cette Baby Shower en compagnie de quatre autres jeunes femmes.

Je ne connaissais que quelques unes de ces femmes, et ne me sentais pas le moins du monde encline à faire le moindre effort dans ce sens. Depuis le début de cette fête, je me mordais maladivement la lèvre inferieure pour ne pas relever quoi que ce soit. Mes yeux avaient vaguement erré fixant sans les fixer les mamans et enfants qui évoluaient autour de moi dans un capharnaüm continu de cris ou de pleurs de bébés divers doublés de paroles futiles de femmes ou de parents se demandant mutuellement « comment était le gâteau ? ». S’ensuivaient alors une minute et demi sur le sujet du gâteau, son goût, sa décoration, etc.

Le simple fait d’être assise ainsi dans cet endroit me demandait un effort surhumain et je n’écoutais rien, voyais sans les voir ces mamans qui décortiquaient ensemble les moindres faits et gestes de leurs tout petits, parlaient d’allaitement, ou encore comparaient leurs bébés et leur développement.

Je regardais ces gens autour de moi. Ils avaient ce point commun : ils s’exprimaient, pensaient, existaient même autour d’un seul élément : ce prédicat aussi simple que complètement irrécusable à leurs yeux. Ce prédicat selon lequel tout le monde veut et/ou est fait pour fonder une famille. Comme si tout ce qu’un être humain accomplissait ou pouvait accomplir dans sa vie ne s’exprimait que pour, à travers ou par rapport à la procréation ou bien l’intention de procréer. Ces gens vivaient avec des ornières et étaient incapables de concevoir que d’autres n’eussent pas les mêmes priorités.

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